Vers libres ondulants n°6

13/08/2019

Chers visiteurs,

Je poste aujourd'hui un poème que je rédigeai avec, à l'esprit, l'objectif de faire une synthèse des poèmes précédents : autrement dit, vous devrez y trouver à la fois une ode lyrique grisâtre envers une dulcinée, une attaque élégiaque envers les instances gouvernementales et économiques, un regret de ne guère ressentir la Vérité, et une peur que le cycle des souffrances individuelles se perpétue. J'ai donc laissé s'exprimer mon côté pessimiste et aussi romantique, en gros. Comme vous pourrez le constater, il est particulièrement long, vingt-cinq quatrains d'alexandrins il me semble, et peut être un peu fouillis, mais après tout, la Vie se colore selon les forces qui nous animent au-delà de notre simple conscience. Malgré cela, j'espère qu'il vous plaira et, éventuellement, servira d'une quelconque façon :

"Boslandschap met wad" par Jacques d'Arthois

Vie à découvert

En tout temps de ma vie je ne sus profiter

Des pures mièvreries auxquelles on s'expose

Dans le cours de la ville aux rythmes effrénés,

Préférant largement la compagnie des proses.


Loin de m'en plaindre, je peux ainsi m'extrader,

Parfaire mon savoir de l'univers entier,

Ne pas me débiner face aux immensités

Mystiques au possible de la Vérité.


Tandis qu'à la cité les cadres névrosés

Grimpent les cadavres de quidams putréfiés,

Et dans la rue se tuent des citoyens lésés,

Haïs par leurs alliés atteints de cécité.


Quelle place a l'État dans la situation

De notre société actuelle, fada,

En proie à la folie et la paranoïa,

Entièrement errante, en pleine perdition ?


Les corporations sont tout autant responsables

Du désastre engendré par la soif implacable

De possession sans fin, sans limite ostensible :

Le peuple à guider, vous le rendez insensible.


Peiné par ce constat on ne peut plus terrible,

Je ne peux regarder la vie dans les campagnes,

Où l'environnement me paraît être un bagne

D'un acabit semblable aux néants indicibles.


Le labeur atrophie le pouvoir perceptif

Des bonnes âmes des travailleurs dans l'excès,

Tués à la tâche sans jamais se tuer,

Victimes d'afflictions, pourtant non-dépressifs.


Lever mes yeux fut vain lors des deux décennies,

Épuisante épopée que m'accorda la Vie ;

Aucun Dieu ne m'aida depuis un Paradis,

Nul tuyau salutaire en mes mains n'atterrit.


Je cherchai dans les flots un flux impénétrable

Lequel recèlerait une infinie Beauté,

Dans la faune un souffle d'omniscience éthérée,

Dans la flore un élan d'une absence ineffable.


Cherchant de tous côtés en vain un réconfort,

Je faillis délaisser la sagesse ascétique

Pour me pendre ou sous-vivre, il eût été tragique,

Mais un être arriva pour bénir mes efforts.


Bien qu'il me fallût faire une petite entorse

Pour pouvoir apprécier cette pure génie,

Mon modèle de vie ne devint perverti,

Ma belle défendant l'érudit avec force.


En effet, mon esprit se laissa courtiser

Par une vraie archange ; en mon monde apparut

La plus belle des femmes, la plus éclairée,

Frôlant la perfection, de charisme vêtue.


Sourire ravageur, yeux bruns tout pétillants,

D'une finesse accrue, portée au firmament,

Dotée d'un savoir à faire rougir le Ciel

Et d'une gentillesse et bonté éternelles.


Nos regards, se croisant pour la première fois

À la fac de philo, ne se quittèrent pas :

Discutant du Néant et de l'univers froid,

Nous savions que ce signe ne reviendrait pas.


Un café en soirée, un dîner romantique,

Mélodie harmonieuse et fort mélancolique :

Les ingrédients furent pour lancer l'alchimie

De nos corps effleurés durant toute la nuit.


Chacun visita nos peu flamboyants foyers,

Gazouillant tendrement des paroles peinées ;

Un duo atypique émana de l'union

De deux humains banals piégés par l'illusion.


Avec notre parcours, l'argent ne tomba pas

Rôti dans nos poches, mais ce nous suffit bien,

Frugaux furent nos souhaits ; de la mort on se tint

Au plus près sans jamais vouloir sauter le pas.


Nous cherchions à percer le voile de Maya,

À tâter la marâtre, absconse Volonté,

À trouver en nos êtres la vraie vacuité

Afin que notre "moi" soit mis au débarras.


Maintenant que le temps file et vole à l'allure

D'une comète exquise à l’œil aventureux,

Un dilemme se pose, digne d'Épicure :

Voulons-nous, en ce monde, créer un malheureux ?


Car il est vrai que Vie rime avec damnation,

Alors la conférer serait-il acte affreux ?

D'un être vivant on octroierait soumission

À la Nature abjecte, à l'ego pernicieux.


Les instants de bonheur ne seraient qu'interludes,

Cachets existentiels d'une badinerie

Sans lesquels le badaud serait abasourdi,

Réalisant qu'il n'y eut jamais plénitude.


Ainsi la morale nous met dans l'embarras

Car un enfant est un ajout providentiel :

Il pourra hériter du corpus essentiel

Que nous lui léguerons, manuel de l'Atma.


Réconfortés dans un égoïsme dernier,

Nous serons rassurés de pouvoir le sauver

Des griffes du schisme entre l'humain et Brahma,

Espérant propager par ce biais le dharma.


Une fois ça tenté, nous pourrons expirer

D'une once d'espoir, mais surtout d'appréhension :

Pour quitter le cycle karmique à tout jamais,

Nous avons fait quasi tout ce que nous pouvions.


D'un triste soubresaut sera teintée la mort

De ces deux animaux soudés par la détresse,

Ayant souhaité le Vide et non la Vie-ivresse,

Seuls à s'enthousiasmer de cet ultime essor.

En vous souhaitant une vie harmonieuse !

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