Prose à lier n°3
Chers visiteurs,
Voici un poème en prose que je finis aujourd'hui mais dont l'écriture débuta il y a une paire de mois. Vous remarquerez que le lien entre les parties n'est pas nécessairement assuré, et c'est un choix délibéré. Je préfère finir le contenu que m'attarder sur le contenant. Mes mots sont possiblement durs envers l'amour, en particulier compte tenu des propos que je tins dans divers poèmes précédents. Mais je tiens à viser l'amour tel que l'entendent maintes personnes. Sur la dernière strophe, je m'inspire grandement des quelques poèmes de Louise Ackermann que je connais, aussi bien dans le style que dans le vocabulaire employé ; ainsi, je vous invite à aller consulter une tranche de son œuvre, après cependant avoir lu l' :
"Le Vieil Homme triste" par Vincent van Gogh

Apitoiement usuel
Se déroule sous mes yeux un spectacle que j'aurai bien trop vu lors de mon transit. Surplombant la société de laquelle nous sommes serviteurs, j'entends intérieurement chacun des objets de ce monde, animé ou non. La monotonie de ces complaintes m'écœure : elle n'est qu'immondice et et anomalie au sein de notre monde, essence du Bouddha. Bien qu'elle soit unique, la multiplicité de ses manifestations physiques est harmonieuse s'il en est, et pourtant... les traces karmiques ne perdent de leur puissance... Je voudrais me fondre dans la nuée ardente qu'est la musique, une effusion de notes dont les imbrications et corrélations successives ne sauraient mieux panser les plaies. La perception de tout air est, bien au-delà de toute autre, la voie la moins biscornue vers la dimension salvatrice du Néant !
Absolument futile est ma volonté, opprimée sur l'autel de la Volonté, alors pourquoi persister à vouloir la conserver ? Tant que je serai individué, assujetti en son sens littéral, je devrai me la coltiner. Aussi, devrais-je subir la vie comme l'eut vécue John Coffey jusqu'à ce que son éclat s'évanouisse dans l'indifférence générale ? L'éclat de cette existence menée dans le déni complet, sans la moindre once de dévotion envers quoi ou qui que fût et que sera, plongée dans l'hypocrisie banalisée de notre ultralibéralisme économique et culturel, véhicule de la misanthropie la moins réfléchie et la plus abjecte... Éteindre sa propre lanterne, celle-là même qui me permit de découvrir la souffrance, est une tâche plus ardue qu'elle ne devrait l'être, la faute pouvant être attribuée au désir sans fin qui nous pousse incessamment à nous abreuver de tout ce qui peut nous faire oublier la réalité défaillante dont notre conscience et subconscience sont les instigatrices, dans une sorte de boulimie en osmose avec notre tendance naturelle à lésiner nos moyens déployés sur les œuvres de l'esprit. Alors que quiconque pourrait théoriquement le devenir, la personne du génie se trouve être l'exception à la norme. Malgré mes mises en garde continues adressées à mes compagnons de douleur à propos des dangers qui guettent au fil de ce périple vital, leur surdité m'apparaît au grand jour, à la lumière de la dure vérité de terrain. Elle m'attriste, me déroute,... me lèse.
Le spectacle qui me paraît le plus dégoûtant doit quand même être celui de l'amour. L'amour... Ce sentiment qui s'empare prétendument du premier clampin libre de s'accoupler. Ce type de clause tacite qui, selon une majorité sotte, est cumulable, mais uniquement pour le compte de la partie prenante concernée... La bestialité s'accapare le contrôle du corps d'individus dépravés, et le reliquat de leur intelligence s'occupe de séduire les premiers venus, tout autant réceptifs à ces ruts des plus bas. Les motifs moraux s'en retrouvent relégués au simple statut de supplément surprise, au même rang qu'une vulgaire blague.
Et pourtant ! Le savoir ne m'empêche de me laisser submerger couramment par une vivace affection pour les futilités. Dans les élans de mon ego, celui-ci réémergeant depuis la moindre faille de mon moral, je vaque à la palliation à l'aide de maintes sessions vidéoludiques ou d'onanisme, vaines au possible. Je porte hélas mon attention sur les affaires de ce monde matériel dont la socialité est, une fois de plus, la voie royale vers la chute. Tel le mythe réaliste d'Icare, les ailes de la cupidité finiront consumées par les rayons de l'Étoile du Nord, incarnation de la Volonté, vacuité in fine.
Dans ce cycle perpétuel de l'oubli de notre perception à la fois supra-objective et dessujettie, le temps passe et s'efface à chaque instant, en toute odiosité. Oies que nous sommes, gavées de peines et de joies par ce dernier, finirons par être livrées à notre génitrice, la marâtre immortelle comme la nommait l'ancienne amie Ackermann. Alors, à quoi bon chercher l'accomplissement de quelconque bidule du ressort de l'espace ? Univers, toi qui s'est ouvert à moi il y a dix ans et huit années, pars donc t'abscondre dans les marais de l'anathème ! Si autre victime il y a, qu'elle se livre donc au combat ! Quant au lumineux Bouddha, pourquoi ne se présente-t-il pas ?
Je vous invite grandement à me communiquer ce que vous en avez pensé ! Merci d'avance, en vous souhaitant une vie harmonieuse !
