Prose à lier n°1
Chers visiteurs,
Voilà cette fois-ci un devoir d'écrit d'invention qui nous avait été soumis lors du bac blanc de français 2018. Il nous était demandé de rédiger une lettre fictive où Lily, la fille de la chanson de Pierre Perret, écrirait à ses parents afin de les informer sur sa situation en France. Voici donc ce que j'ai fourni, une lettre où j'ai inséré le plus d'assonances possibles :
"What's up" par Glenford Nunez

Lettre de Lily
Chère famille,
J'espère que vous vous portez bien dans notre pays, la Somalie. Que penser de celui-ci ? Que penser des démocraties ? Somaliland et guerre sanglante au Sud, société méprisante et mendiante au Nord. Que ce soit en Amérique ou en Europe, fermées nous sont les portes, aussi bien celles de l'hôtel que du mariage. Voilà un an que je suis ici, à Paris, et constate que le confort n'est pas la marque de fabrique de la ville. Appartements exigus et, en prime pour les noirs, insalubres. Dans la ville de l'amour, je ne l'ai guère ressenti. Quel comble ! Encore une fois, hypocrisie.
Comme ces ex-beaux-parents qui ne l'ont pas été bien longtemps, puisqu'ils ne voulurent pas de moi, noire, dans leur manoir. Individus névrosés, la voilà la vérité, voilà le problème de cette société ! Chez nous, ce sont les mortiers... Je pense avoir assez de recul pour pouvoir l'affirmer, ne pas trop reculer tout de même si je ne souhaite pas tomber dans le trou creusé au marteau-piqueur dont le bruit me reste dans la tête durant des heures. Ce sont mes semblables qui l'ont entre leurs mains, en sueur. Nous partageons la même douleur et la même couleur de peau, mais aussi cette difficulté à trouver un boulot, du moins un boulot stable, car quand il s'agit d'esclavage, tout le monde se presse à notre table.
Sont-ce les individus qui forment la société ou la société qui forge les individus ? En tout cas, l'alchimie de Vulcain n'est plus. Tout comme notre cousine dans cet attentat au bus... Sans cesse stigmatisés, je me demande où est passée la fraternité. Sans doute a-t-elle rejoint l'humour où, sur ce terrain, le racisme se révèle au grand jour. Croupissent ici aussi liberté et égalité, l'élite s'amusant à opprimer aussi bien Africains que Français. L'élite dirige la politique, joue les marionnettistes, c'est symptomatique. Ils nous reprochent notre criminalité que je ne saurais nier, mais ne sont-ce pas eux qui prennent plaisir à frauder et détourner ? Les petits chocolats du Sénat, je n'y aurai jamais droit. Pour cela, il faudrait que je sois élue. Ce n'est pas avec ces mots que je vais être bien vue.
Ces saintes personnes, auréolées de lingots d'or, se croient gestionnaires de l'esprit de femmes et hommes. Entre propagande et médias, il n'y a qu'à faire un pas. En commun, nous avons au moins cela... Causant du tort à tous les peuples et dirigeants du tiers-monde, déifiant les maîtres et membres de leur petit monde. Et quand ils ne nous dégradent pas, habitants de Somalie, c'est à la force de leur silence qu'ils achèvent de nous détruire. Et lorsque nous oserons répliquer, ils trouveront le moyen de nous déstabiliser...
La traite des noirs laisse des séquelles : la plupart d'entre nous s'imaginent rebelles alors qu'ils ne font que conforter le système avec leur agressivité sans gêne. Une question me taraude depuis longtemps maintenant : me laisserez-vous épouser qui je veux, vous, mes parents, même s'il se trouve être blanc ? Car je remarque à mes déboires que la xénophobie compte des noirs... Ces mêmes personnes la critique lorsque c'est l'Occident, mais lorsque ce sont eux, ils ne montrent jamais les dents...
L'humanité serait-elle vouée à se détester à tout jamais ? J'ai vu aussi en Amérique les dérives de certains flics. Huit-cents noirs tués par an par des gardiens de la paix déments. J'y ai rencontré Angela Davis, souhaitant de tout cœur que son projet aboutisse. Elle m'a réconfortée, et je ne saurais assez la remercier...
Un choix cornélien s'offre à vous : voulez-vous me rejoindre ? Réfléchissez à ce que j'ai écrit, sachez que je n'ai pas menti. Je souhaiterais votre arrivée, je vous aime de tout mon cœur, mais je ne souhaite aucunement votre malheur. J'espère que la vie nous sourira...
Tendre baisers,
Lily
En vous souhaitant une vie harmonieuse !
